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RÉSUMÉ PRÉALABLE
EN 1 MINUTE

KitKat est l’un des exemples de réussite internationale au Japon les plus souvent cités. L’analyse habituelle reste généralement en surface : saveurs régionales, éditions limitées ou packaging attractif.

Mais l’analyse stratégique va bien plus loin.

Au Japon, KitKat ne s’est pas seulement imposé comme une barre chocolatée. La marque a su occuper une fonction culturelle : devenir un petit geste d’encouragement, notamment pendant la période des examens. La proximité phonétique entre KitKat et l’expression japonaise kitto katsu — « tu réussiras à coup sûr » — a contribué à associer la marque aux vœux de réussite adressés aux étudiants.

À cela s’est ajouté un autre code essentiel : l’omiyage, la pratique japonaise qui consiste à rapporter des cadeaux ou des souvenirs de voyage à partager avec la famille, les amis ou les collègues. KitKat Japon a précisément développé des saveurs régionales pensées comme des souvenirs.

Cet article a été réalisé par LVS2 avec la collaboration de Nanako Akiyoshi, notre experte locale en communication et relations publiques au Japon. Son point de vue apporte une compréhension vécue des consommateurs japonais et des codes culturels locaux. Chez LVS2, nous complétons cette perspective par une lecture stratégique destinée aux entreprises internationales qui souhaitent entrer sur le marché japonais, y communiquer ou s’y positionner.

La leçon pour une entreprise internationale est claire : entrer au Japon ne consiste pas seulement à localiser un produit. Il s’agit de comprendre quel rôle social une marque peut occuper sur le marché.

QUESTION STRATÉGIQUE

La question que nous devrions nous poser

Lorsque nous entrons sur un nouveau marché, vendons-nous un produit… ou comprenons-nous le geste culturel qu’il pourrait représenter ?

Variétés exclusives de KitKat exposées dans une boutique à Osaka, au Japon
Variétés exclusives de KitKat exposées dans une boutique à Osaka, au Japon. Photographie : Haha169, via Wikimedia Commons.

L’erreur serait de ne parler que des saveurs

Lorsque l’on parle de KitKat au Japon, les saveurs sont généralement la première chose évoquée : matcha, saké, yuzu, wasabi, hojicha, fraise, melon, patate douce violette, éditions régionales et éditions saisonnières.

Il est facile de s’arrêter là. Pourtant, le Japon ne se comprend pas à travers des « saveurs insolites », mais en observant la fonction sociale que peut acquérir un objet apparemment simple.

Le site de KitKat Japon présente lui-même ses variétés régionales comme des produits liés à des ingrédients locaux, de Hokkaido à Okinawa, et comme des options conçues pour être rapportées en souvenir après un voyage.

Cette donnée est importante, mais elle ne suffit pas. Le succès de KitKat au Japon ne s’explique pas uniquement par la variété, mais par la capacité de la marque à s’inscrire simultanément dans plusieurs codes culturels : les vœux de réussite, les examens, le cadeau, le voyage, la région, la saisonnalité et l’attention portée aux détails.

Sélection de variétés japonaises de KitKat
Sélection de variétés japonaises de KitKat. Photographie : Krista, via Wikimedia Commons.

Une barre chocolatée qui devient un message

L’un des codes les plus connus est l’association entre KitKat et kitto katsu.

En japonais, l’expression peut être comprise comme « tu gagneras à coup sûr » ou « tu réussiras certainement ». Cette proximité phonétique a contribué à faire de KitKat un porte-bonheur informel offert aux étudiants avant leurs examens.

L’intérêt ne réside pas uniquement dans la coïncidence linguistique. Il tient au fait que la marque a trouvé une manière de devenir un message.

Au lieu de dire simplement « achète du chocolat », elle pouvait exprimer quelque chose de plus :

« Je pense à toi. »

« Bonne chance. »

« Je suis certain que tu vas réussir. »

Ce déplacement modifie la valeur du produit. La barre chocolatée cesse d’être seulement un objet de consommation pour devenir un geste.

Au Japon, où la considération envers les autres, la manière appropriée d’exprimer son soutien et la valeur des petits détails revêtent une importance particulière, cette transformation possède une forte valeur stratégique.

PERSPECTIVE LOCALE

Le regard local de Nanako : lorsque le geste compte davantage que l’objet

Nanako confirme que KitKat est perçu au Japon comme un petit cadeau porte-bonheur pendant la période des examens. Elle-même en a offert à des amis et à de jeunes membres de sa famille, précisément parce que la plupart des Japonais comprennent l’association avec kitto katsu.

Son analyse apporte une nuance importante : même si les consommateurs savent qu’une campagne marketing se trouve derrière cette association, le geste n’est pas perçu uniquement comme de la publicité. Il fonctionne parce qu’il s’intègre dans une culture où les petits détails peuvent exprimer le soutien, la considération et les vœux de réussite.

Forte de son expérience d’experte japonaise en communication et relations publiques, Nanako souligne également que certaines éditions ont utilisé un packaging rappelant les porte-bonheur japonais. Cela renforce la perception d’« amulette » sans rendre le produit excessivement solennel. Il reste léger, accessible et quotidien, tout en étant culturellement reconnaissable.

C’est là toute la différence. KitKat n’impose pas un code extérieur : la marque trouve une manière simple de s’intégrer à un geste que le marché comprend déjà.

Lorsque le canal devient lui aussi une partie du sens

La campagne KitKat Mail a poussé cette logique un peu plus loin.

En 2009, KitKat et Japan Post ont lancé un format qui permettait d’envoyer le produit comme une carte postale, avec un espace pour écrire un message d’encouragement. La campagne s’appuyait sur l’association avec kitto katsu et permettait aux proches d’envoyer leurs vœux de réussite aux étudiants avant leurs examens. Le produit était vendu par l’intermédiaire de Japan Post et a remporté le Media Grand Prix aux Cannes Lions en 2010.

La lecture stratégique est claire : la marque ne s’est pas contentée d’utiliser un mot. Elle a mobilisé un système composé des examens, de la famille, d’un message écrit, du courrier, du cadeau, du souhait de réussite et d’une institution de confiance.

Tout était cohérent. Le canal n’était pas un simple point de distribution : il est devenu une partie du sens.

De nombreuses marques étrangères échouent précisément à cet endroit : elles pensent au message, mais pas au système qui rend ce message légitime.

Le détail qui change la perception : écrire le nom de quelqu’un

Nanako souligne un autre détail particulièrement important : vers 2009, KitKat a ajouté sur son packaging un petit espace où il était possible d’écrire le nom du destinataire ou un court message d’encouragement.

Ce détail change la nature du produit.

Normalement, un article acheté dans une supérette ou un supermarché ne serait pas perçu au Japon comme un cadeau particulièrement significatif. Pourtant, dès qu’une personne y écrit un message, même un seul KitKat peut soudain sembler chaleureux, personnel et attentionné.

Le chocolat compte, mais le geste compte davantage.

La marque ne s’est pas limitée à vendre un produit. Elle a permis à une personne d’exprimer son soutien de manière simple, socialement acceptée et facile à partager.

Pour une entreprise étrangère, il s’agit probablement de l’un des principaux enseignements du cas : parfois, la différence stratégique ne consiste pas à transformer radicalement le produit, mais à ajouter le geste approprié.

L’omiyage : lorsque le produit représente un lieu

Variétés locales de KitKat commercialisées au Japon
Variétés locales de KitKat commercialisées au Japon. Photographie : kagawa_ymg, via Wikimedia Commons.

Le deuxième grand code culturel est l’omiyage.

Nanako l’explique clairement : l’omiyage est bien plus qu’un souvenir. C’est une manière d’entretenir les relations. Lorsqu’une personne voyage, il est naturellement attendu qu’elle rapporte un petit cadeau local à ses collègues, à ses amis ou à sa famille. C’est une façon simple de dire : « J’ai pensé à toi. »

KitKat s’est inscrit dans cette logique grâce à ses saveurs régionales.

Une édition de Hokkaido n’est pas seulement une variété. C’est une manière de rapporter Hokkaido.

Une édition d’Okinawa n’est pas seulement une saveur. C’est une manière de partager un voyage.

La communication de KitKat Japon présente elle-même ses variétés régionales comme des saveurs inspirées d’ingrédients locaux et conçues comme des souvenirs.

La question stratégique n’est donc pas :

Quelle saveur locale pouvons-nous créer ?

La question est :

Quelle fonction sociale cette saveur remplit-elle sur le marché ?

C’est là toute la différence entre localiser un produit et comprendre un marché.

Ce qu’une marque étrangère pourrait mal interpréter

À ce stade, la contribution de Nanako devient particulièrement précieuse.

Comme elle l’explique, de nombreuses entreprises étrangères se concentrent sur la traduction de leurs produits ou l’intégration d’éléments visuels japonais, sans toujours comprendre le contexte social dans lequel ces produits seront utilisés.

C’est précisément là que se situe le risque.

Ajouter un mot japonais, une saveur locale, un design « japonais » ou un packaging attractif ne garantit pas la légitimité.

Nanako insiste sur le fait qu’une autre marque ne pourrait pas simplement copier l’idée de kitto katsu et espérer obtenir le même résultat. Le temps constitue une raison essentielle. KitKat est commercialisé au Japon depuis 1973, après l’accord de licence signé entre Fujiya et Rowntree-Mackintosh en 1972.

En d’autres termes, la marque était déjà familière, appréciée et reconnaissable bien avant que l’association avec kitto katsu ne devienne connue.

Si une marque étrangère nouvellement arrivée avait lancé une campagne similaire dès le premier jour, elle aurait probablement été perçue comme un slogan publicitaire coûteux plutôt que comme un geste authentique.

Il s’agit d’un enseignement central pour toute entreprise internationale : trouver une bonne idée culturelle ne suffit pas. Une marque doit disposer de la légitimité nécessaire pour l’activer.

La double lecture : le Japon comme miroir pour toute entreprise internationale

Ce cas ne concerne pas uniquement les entreprises qui souhaitent vendre du chocolat au Japon. Il concerne toute entreprise qui veut entrer sur un nouveau marché.

Car il soulève une question inconfortable :

Savons-nous quelle fonction culturelle notre marque pourrait occuper dans ce pays ?

En Europe, de nombreuses entreprises pensent d’abord en termes d’attributs : qualité, design, prix, innovation, durabilité, technologie ou expérience. Tout cela compte.

Mais au Japon, comme sur de nombreux marchés, la valeur d’une marque peut également dépendre de la manière dont elle s’intègre dans des gestes sociaux, des occasions de consommation, la saisonnalité, les codes du cadeau, les relations professionnelles ou les façons indirectes d’exprimer son soutien.

Une entreprise française qui entre en Espagne devrait se poser une question similaire. Il en va de même pour une entreprise espagnole qui entre en France, ou pour une entreprise asiatique qui entre en Europe.

Chaque marché possède des objets, des phrases, des rituels et des moments au cours desquels une marque peut acquérir une signification plus grande que le produit lui-même. La difficulté consiste à les identifier avant de communiquer.

« KitKat n’a pas seulement localisé un produit. La marque a trouvé une fonction culturelle. »

La lecture stratégique de LVS2

Le point de vue de Nanako nous permet d’analyser le cas depuis l’intérieur du marché japonais : la manière dont le geste est perçu, les nuances qui le rendent efficace et les raisons pour lesquelles il ne peut pas être reproduit mécaniquement.

La lecture stratégique de LVS2 consiste à traduire ces codes culturels en décisions d’entreprise.

Vu de l’extérieur, KitKat Japon peut sembler être un exemple brillant de naming, de saveurs régionales et de packaging. Pourtant, du point de vue de l’entrée sur le marché, ce cas révèle quelque chose de plus profond : une marque internationale peut se développer lorsqu’elle ne cherche pas à s’imposer telle quelle, mais comprend la fonction culturelle qu’elle peut occuper.

KitKat n’a pas abandonné son identité mondiale. Mais au Japon, la marque a trouvé une fonction spécifique.

Elle est passée du snack au message, du produit au geste, de la saveur au souvenir et de la marque étrangère à une référence locale.

Cette transition ne se produit pas par hasard. Elle exige d’observer les comportements, de décoder les codes culturels, d’interpréter ce qu’ils signifient pour une entreprise étrangère et de transformer cette compréhension en décisions concernant le produit, le packaging, le canal, le message, le calendrier et le positionnement.

Avant de se demander comment vendre au Japon, une entreprise devrait se poser la question suivante :

Qu’est-ce que ce marché a besoin d’exprimer et que notre marque pourrait l’aider à dire ?

C’est une question de stratégie, et non de traduction.

Cadre LVS2 : comprendre la fonction culturelle avant de communiquer

01

Occasion

Quels moments structurent la demande ?

Examens, saisons, voyages, célébrations, cadeaux, retour au travail, famille ou vie professionnelle.

02

Geste

Qu’est-ce que le produit permet d’exprimer ?

Soutien, chance, gratitude, considération, statut, attention, appartenance ou souvenir.

03

Légitimité

La marque est-elle légitime pour occuper ce rôle ?

Ajouter des codes locaux ne suffit pas. Il faut comprendre si la marque peut prendre part au rituel sans paraître artificielle.

04

Système

Quel canal valide le sens ?

Dans KitKat Mail, Japan Post n’était pas seulement un canal de distribution. Il faisait partie du message.

05

Décision

Que faut-il modifier avant de communiquer ?

Produit, format, packaging, calendrier, canal, message ou même la catégorie mentale à travers laquelle nous souhaitons être compris.

Pourquoi le Japon devrait-il être dans le radar des entreprises ?

Le Japon est un marché exigeant, sophistiqué et difficile à comprendre de l’extérieur. Il ne suffit pas d’arriver avec un bon produit.

L’attention portée aux détails, la saisonnalité, l’importance du cadeau, la relation entre forme et signification, le rôle de la confiance et la précision des codes sociaux conduisent de nombreuses marques étrangères à sous-estimer le travail nécessaire avant d’entrer sur le marché.

Mais c’est précisément pour cette raison que le Japon constitue un marché extrêmement précieux pour apprendre.

Il oblige les entreprises à cesser de considérer leur manière de communiquer comme universelle. Il les contraint à observer avant d’agir et à se demander quel rôle leur marque souhaite occuper dans la vie réelle des personnes.

Conclusion

KitKat n’est pas devenu un exemple de réussite au Japon uniquement parce que la marque a lancé des saveurs différentes. C’est la partie visible.

La partie invisible est plus intéressante.

La marque a trouvé une manière de s’intégrer dans des gestes de soutien, des rituels liés aux examens, la culture du cadeau, les souvenirs de voyage et les références linguistiques.

Et, comme le souligne Nanako, cette connexion ne peut pas être copiée à l’aide d’un slogan ingénieux. Elle exige du temps, de la familiarité, de la légitimité et une compréhension réelle du geste que la marque souhaite activer.

Un marché ne se conquiert pas uniquement en proposant quelque chose. Il commence à s’ouvrir lorsque nous comprenons ce que signifie proposer quelque chose au sein de ce marché.

Et au Japon, comme dans n’importe quel autre pays, cette différence peut tout changer.

Questions fréquentes

Pourquoi KitKat a-t-il connu un tel succès au Japon ?

Grâce à une combinaison de facteurs : variété régionale, éditions limitées, culture du cadeau, association phonétique avec kitto katsu et capacité à s’intégrer dans des rituels tels que les examens.

Que peut apprendre une entreprise européenne de ce cas ?

Entrer au Japon exige de comprendre la fonction culturelle qu’une marque peut occuper. Traduire les messages ou lancer une version locale du produit ne suffit pas.

Le cas KitKat s’applique-t-il à des secteurs autres que l’alimentation ?

Oui. L’enseignement ne porte pas sur le chocolat, mais sur la manière dont un produit peut devenir un geste, un message, un symbole ou une référence au sein d’un marché.

L’IA peut-elle détecter ce type d’opportunités culturelles ?

L’IA peut aider à identifier des informations générales, mais déterminer quels codes sont pertinents pour une marque précise exige une expertise locale, un jugement stratégique et une véritable compréhension du marché.

À propos de Nanako

Nanako est la partenaire locale de LVS2 au Japon et une experte en communication et relations publiques.

Son point de vue apporte à cet article une lecture vécue du marché japonais : la manière dont les petits gestes de soutien sont perçus de l’intérieur, la valeur du détail, l’omiyage, l’importance du bon moment et la légitimité culturelle d’une marque.

Chez LVS2, nous complétons cette perspective locale par une lecture stratégique destinée aux entreprises internationales : ce qu’une marque peut apprendre de ce cas, les risques qu’elle devrait éviter et les décisions qu’elle devrait reconsidérer avant de communiquer, de se positionner ou de lancer un produit au Japon.

Cette approche reflète notre manière d’envisager l’internationalisation : combiner connaissance locale, interprétation stratégique et vision d’entreprise afin d’aider les marques à prendre de meilleures décisions avant d’entrer sur un nouveau marché.

La conversation se poursuit

Dans International Expert Insights, nous n’analysons pas le Japon comme un marché exotique.

Nous l’analysons comme un marché qui oblige les entreprises à formuler de meilleures questions avant de prendre des décisions : que communiquer, comment se positionner, quels codes comprendre, quels canaux activer et quels risques éviter.

KitKat nous rappelle qu’une marque ne se développe pas toujours en imposant sa propre signification. Elle peut parfois grandir lorsqu’elle comprend le sens que le marché est prêt à lui donner.

Pour toute entreprise qui souhaite entrer au Japon — ou dans tout autre pays qu’elle ne connaît pas encore —, la question ne consiste pas uniquement à savoir quel produit elle veut vendre.

Elle consiste à déterminer quelle place elle peut occuper sur ce marché et quelles décisions elle doit prendre avant de communiquer, d’investir ou de lancer son offre.

Chez LVS2, nous accompagnons les entreprises internationales au cours de cette phase préalable : analyse de marché, stratégie d’entrée, positionnement, communication et adaptation culturelle.

Car avant de se présenter dans un nouveau pays, une marque doit comprendre où se trouve sa place.

Préparez-vous votre entrée au Japon ou sur un autre marché international ? Parlons-en avant de franchir la prochaine étape.


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    Stephanie Haye

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