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EN 1 MINUTE

KitKat est l’un des cas de réussite internationale au Japon les plus souvent cités. L’analyse habituelle reste généralement en surface : saveurs régionales, éditions limitées ou packaging attrayant.

Mais l’analyse stratégique est bien plus profonde.

Au Japon, KitKat ne s’est pas intégré uniquement comme une barre chocolatée. La marque a su remplir une fonction culturelle : devenir un petit geste d’encouragement, particulièrement associé à la période des examens. La proximité phonétique entre KitKat et l’expression japonaise kitto katsu — « tu gagneras sûrement » — a contribué à associer la marque aux vœux de réussite adressés aux étudiants.

À cela s’est ajouté un autre code essentiel : l’omiyage, la coutume japonaise qui consiste à rapporter des cadeaux ou des souvenirs de voyage pour les partager avec sa famille, ses amis ou ses collègues. KitKat Japon a développé des saveurs régionales précisément pensées comme des souvenirs.

Cet article a été élaboré par LVS2 en collaboration avec Nanako Akiyoshi, fondatrice et CEO de JAYID, et notre experte locale en communication et relations publiques au Japon. Son point de vue apporte une compréhension vécue des consommateurs japonais et des codes culturels locaux. Chez LVS2, nous complétons ce regard par une analyse stratégique destinée aux entreprises internationales qui souhaitent entrer sur le marché japonais, y communiquer ou s’y positionner.

La leçon pour une entreprise internationale est claire : entrer au Japon ne consiste pas seulement à localiser un produit. Il s’agit de comprendre le rôle social qu’une marque peut occuper au sein du marché.

La question que nous devrions nous poser

Lorsque nous entrons sur un nouveau marché, vendons-nous un produit… ou comprenons-nous le geste culturel qu’il pourrait représenter ?

L’erreur serait de parler uniquement des saveurs

Lorsque l’on parle de KitKat au Japon, la première chose que l’on mentionne généralement, ce sont ses saveurs : matcha, saké, yuzu, wasabi, hojicha, fraise, melon, patate douce violette, éditions régionales et éditions saisonnières.

Il est facile de s’arrêter là. Pourtant, le Japon ne se comprend pas à travers des « saveurs curieuses », mais en observant la fonction sociale que peut acquérir un objet en apparence très simple.

Le site de KitKat Japon présente lui-même ses variétés régionales comme des produits associés à des ingrédients locaux, de Hokkaido à Okinawa, et comme des options pensées pour être rapportées en souvenir après un voyage.

Cette information est importante, mais elle ne suffit pas. Le succès de KitKat au Japon ne s’explique pas uniquement par la variété, mais par la capacité de la marque à s’inscrire simultanément dans plusieurs codes culturels : les vœux de réussite, les examens, le cadeau, le voyage, la région, la saisonnalité et l’attention portée aux détails.

Une barre chocolatée qui devient un message

L’un des codes les plus connus est l’association entre KitKat et kitto katsu.

En japonais, cette expression peut être comprise comme « tu gagneras sûrement » ou « tu réussiras certainement ». Cette proximité phonétique a contribué à faire de KitKat un porte-bonheur informel pour les étudiants avant leurs examens.

Ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement la coïncidence linguistique. C’est le fait que la marque ait trouvé une manière de devenir un message.

Au lieu de dire simplement « achète du chocolat », elle pouvait exprimer quelque chose de plus :

« Je pense à toi. »

« Je te souhaite bonne chance. »

« Je suis convaincu que tu vas réussir. »

Ce déplacement modifie la valeur du produit. Le chocolat cesse d’être uniquement un objet de consommation pour devenir un geste.

Au Japon, où la considération envers les autres, la manière appropriée d’exprimer son soutien et la valeur des petits détails revêtent une importance particulière, cette transformation possède une grande valeur stratégique.

Le regard local de Nanako : lorsque le geste compte plus que l’objet

Nanako confirme que KitKat est perçu au Japon comme un petit cadeau porte-bonheur pendant la période des examens. Elle en a elle-même offert à des amis et à de jeunes membres de sa famille, précisément parce que la majorité des Japonais comprennent l’association avec kitto katsu.

Son analyse apporte une nuance importante : même si les consommateurs savent qu’une campagne marketing se trouve derrière cette association, le geste n’est pas perçu uniquement comme de la publicité. Il fonctionne parce qu’il s’intègre dans une culture où les petits détails peuvent exprimer soutien, considération et vœux de réussite.

Forte de son expérience d’experte japonaise en communication et relations publiques, Nanako souligne également que certaines éditions ont utilisé un packaging rappelant les amulettes porte-bonheur japonaises. Cela renforce la perception d’« amulette » sans rendre le produit excessivement solennel. Il reste léger, accessible et quotidien, tout en étant culturellement reconnaissable.

C’est là toute la différence. KitKat n’impose pas un code extérieur, mais trouve une manière simple de s’intégrer dans un geste que le marché comprend déjà.

Lorsque le canal fait lui aussi partie du sens

La campagne KitKat Mail a poussé cette logique encore plus loin.

En 2009, KitKat et Japan Post ont lancé un format qui permettait d’envoyer le produit comme une carte postale, avec un espace pour écrire un message d’encouragement. La campagne reposait sur l’association avec kitto katsu et permettait aux familles et aux amis d’adresser leurs vœux de réussite aux étudiants avant leurs examens. Le produit était vendu par l’intermédiaire de Japan Post et a remporté le Media Grand Prix aux Cannes Lions en 2010.

L’analyse stratégique est claire : la marque n’a pas utilisé uniquement un mot. Elle s’est appuyée sur un système composé des examens, de la famille, du message écrit, du courrier, du cadeau, du souhait de réussite et d’une institution de confiance.

Tout s’accordait. Le canal n’était pas un simple point de distribution : il faisait partie intégrante du sens.

C’est précisément là que de nombreuses marques étrangères échouent : elles pensent au message, mais pas au système qui lui confère sa légitimité.

Le détail qui change la perception : écrire le nom de quelqu’un

Nanako souligne un autre détail particulièrement important : vers 2009, KitKat a ajouté sur son packaging un petit espace permettant d’inscrire le nom du destinataire ou un court message d’encouragement.

Ce détail change la nature du produit.

Normalement, un produit acheté dans une supérette ou un supermarché ne serait pas perçu au Japon comme un cadeau particulièrement significatif. Pourtant, dès lors qu’une personne y écrit un message, même un seul KitKat peut soudain devenir chaleureux, personnel et attentionné.

Le chocolat compte, mais le geste compte davantage.

La marque ne s’est pas contentée de vendre un produit. Elle a permis à une personne d’exprimer son soutien d’une manière simple, socialement acceptée et facile à partager.

Pour une entreprise étrangère, il s’agit probablement de l’un des principaux enseignements de ce cas : parfois, la différence stratégique ne consiste pas à transformer radicalement le produit, mais à y ajouter le geste approprié.

L’omiyage : lorsque le produit représente un lieu

Le deuxième grand code culturel est l’omiyage.

Nanako l’explique clairement : l’omiyage est bien plus qu’un souvenir. C’est une manière d’entretenir les relations. Lorsqu’une personne voyage, il est naturellement attendu qu’elle rapporte un petit cadeau local à ses collègues, ses amis ou sa famille. C’est une façon simple de dire : « J’ai pensé à toi ».

KitKat s’est inscrit dans cette logique grâce à ses saveurs régionales.

Une édition de Hokkaido n’est pas seulement une variété. C’est une manière de rapporter Hokkaido.

Une édition d’Okinawa n’est pas seulement une saveur. C’est une manière de partager un voyage.

La communication de KitKat Japon présente elle-même ses variétés régionales comme des saveurs inspirées d’ingrédients locaux et pensées comme des souvenirs.

Par conséquent, la question stratégique n’est pas :

Quelle saveur locale pouvons-nous créer ?

La question est :

Quelle fonction sociale cette saveur remplit-elle au sein du marché ?

C’est là que réside la différence entre localiser un produit et comprendre un marché.

Ce qu’une marque étrangère pourrait mal interpréter

À ce stade, la contribution de Nanako devient particulièrement précieuse.

Comme elle l’explique, de nombreuses entreprises étrangères se concentrent sur la traduction de leurs produits ou sur l’intégration d’éléments visuels japonais, mais elles ne comprennent pas toujours le contexte social dans lequel ces produits seront utilisés.

C’est précisément là que se situe le risque.

Ajouter un mot japonais, une saveur locale, un design « japonais » ou un packaging attrayant ne garantit pas la légitimité.

Nanako insiste sur le fait qu’une autre marque ne pourrait pas se contenter de copier l’idée de kitto katsu en espérant obtenir le même résultat. Le temps constitue une raison essentielle. KitKat est commercialisé au Japon depuis 1973, à la suite de l’accord de licence signé par Fujiya et Rowntree-Mackintosh en 1972.

Autrement dit, la marque était déjà familière, appréciée et reconnaissable bien avant que l’association avec kitto katsu ne se fasse connaître.

Si une marque étrangère récemment arrivée avait lancé une campagne similaire dès son premier jour, elle aurait probablement été perçue comme un slogan publicitaire coûteux plutôt que comme un geste authentique.

C’est un enseignement essentiel pour toute entreprise internationale : trouver une bonne idée culturelle ne suffit pas. Une marque doit disposer d’une légitimité pour pouvoir l’activer.

La double lecture : le Japon comme miroir pour toute entreprise internationale

Ce cas n’intéresse pas uniquement les entreprises qui souhaitent vendre du chocolat au Japon. Il concerne toute entreprise désireuse d’entrer sur un nouveau marché.

Parce qu’il soulève une question inconfortable :

Savons-nous quelle fonction culturelle notre marque pourrait occuper dans ce pays ?

En Europe, de nombreuses entreprises raisonnent d’abord en termes d’attributs : qualité, design, prix, innovation, durabilité, technologie ou expérience. Tous ces éléments comptent.

Mais au Japon, comme sur de nombreux marchés, la valeur d’une marque peut également dépendre de la manière dont elle s’intègre dans les gestes sociaux, les occasions de consommation, la saisonnalité, les codes du cadeau, les relations professionnelles ou les façons indirectes d’exprimer son soutien.

Une entreprise française qui entre en Espagne devrait se poser une question similaire. Il en va de même pour une entreprise espagnole qui entre en France, ou pour une entreprise asiatique qui entre en Europe.

Chaque marché possède des objets, des phrases, des rituels et des moments au cours desquels une marque peut acquérir une signification supérieure à celle du produit lui-même. La difficulté consiste à les identifier avant de communiquer.

« KitKat ne s’est pas contenté de localiser un produit. La marque a trouvé une fonction culturelle. »

L’analyse stratégique de LVS2

Le point de vue de Nanako nous permet d’interpréter le cas depuis l’intérieur du marché japonais : la manière dont le geste est perçu, les nuances qui le rendent efficace et les raisons pour lesquelles il ne peut pas être reproduit mécaniquement.

L’analyse stratégique de LVS2 consiste à traduire ces codes culturels en décisions d’entreprise.

Vu de l’extérieur, KitKat Japon peut apparaître comme un exemple brillant de naming, de saveurs régionales et de packaging. Pourtant, du point de vue de l’entrée sur le marché, il révèle quelque chose de plus profond : une marque internationale peut se développer lorsqu’elle ne cherche pas à s’imposer telle quelle, mais qu’elle comprend la fonction culturelle qu’elle peut occuper.

KitKat n’a pas abandonné son identité mondiale. Mais au Japon, la marque a trouvé une fonction spécifique.

Elle est passée du snack au message, du produit au geste, de la saveur au souvenir et du statut de marque étrangère à celui de référence locale.

Cette transition ne se produit pas par hasard. Elle exige d’observer les comportements, de décoder les codes culturels, d’interpréter ce qu’ils signifient pour une entreprise étrangère et de transformer cette lecture en décisions concernant le produit, le packaging, le canal, le message, le calendrier et le positionnement.

Avant de se demander comment vendre au Japon, une entreprise devrait se poser la question suivante :

Qu’est-ce que ce marché a besoin d’exprimer et que notre marque pourrait l’aider à dire ?

C’est une question de stratégie, et non de traduction.

Le framework LVS2 : comprendre la fonction culturelle avant de communiquer

01

Occasion

Quels moments structurent la demande ?

Examens, saisons, voyages, célébrations, cadeaux, retour au travail, famille ou vie professionnelle.

02

Geste

Qu’est-ce que le produit permet d’exprimer ?

Soutien, chance, gratitude, considération, statut, attention, appartenance ou souvenir.

03

Légitimité

La marque est-elle légitime pour occuper ce rôle ?

Il ne suffit pas d’ajouter des codes locaux. Il faut comprendre si la marque peut s’intégrer au rituel sans paraître artificielle.

04

Système

Quel canal valide le sens ?

Dans KitKat Mail, Japan Post n’était pas seulement un canal de distribution. L’institution faisait partie du message.

05

Décision

Que faut-il modifier avant de communiquer ?

Le produit, le format, le packaging, le calendrier, le canal, le message ou même la catégorie mentale à travers laquelle nous souhaitons être compris.

Pourquoi le Japon devrait-il figurer sur votre radar ?

Le Japon est un marché exigeant, sophistiqué et difficile à comprendre de l’extérieur. Il ne suffit pas d’y arriver avec un bon produit.

L’attention portée aux détails, la saisonnalité, l’importance du cadeau, la relation entre la forme et le sens, le rôle de la confiance et la précision des codes sociaux font que de nombreuses marques étrangères sous-estiment le travail nécessaire avant d’entrer sur ce marché.

Mais c’est précisément pour cette raison que le Japon constitue un marché extrêmement précieux pour apprendre.

Il oblige les entreprises à cesser de considérer leur façon de communiquer comme universelle. Il les contraint à comprendre avant d’agir et à se demander quel rôle leur marque souhaite jouer dans la vie réelle des personnes.

Conclusion

KitKat n’est pas devenu un cas de réussite au Japon uniquement parce que la marque a lancé des saveurs différentes. C’est la partie visible.

La partie invisible est plus intéressante.

La marque a trouvé une manière de s’intégrer dans les gestes d’encouragement, les rituels liés aux examens, la culture du cadeau, les souvenirs de voyage et les références linguistiques.

Et, comme le souligne Nanako, cette connexion ne peut pas être reproduite à l’aide d’un slogan ingénieux. Elle nécessite du temps, de la familiarité, de la légitimité et une compréhension réelle du geste que la marque souhaite activer.

Un marché ne se conquiert pas uniquement en proposant quelque chose. Il commence à s’ouvrir lorsque nous comprenons ce que signifie le fait d’offrir quelque chose au sein de ce marché.

Et au Japon, comme dans n’importe quel autre pays, cette différence peut tout changer.

Questions fréquentes

Pourquoi KitKat a-t-il rencontré autant de succès au Japon ?

Grâce à une combinaison de facteurs : variété régionale, éditions limitées, culture du cadeau, association phonétique avec kitto katsu et capacité à s’intégrer dans des rituels tels que les examens.

Que peut apprendre une entreprise européenne de ce cas ?

Qu’entrer au Japon exige de comprendre la fonction culturelle qu’une marque peut occuper. Traduire les messages ou lancer une version locale du produit ne suffit pas.

Le cas KitKat est-il pertinent pour des secteurs autres que l’alimentation ?

Oui. La leçon ne porte pas sur le chocolat. Elle concerne la manière dont un produit peut devenir un geste, un message, un symbole ou une référence au sein d’un marché.

L’IA peut-elle détecter ce type d’opportunités culturelles ?

L’IA peut aider à identifier des informations générales, mais interpréter les codes pertinents pour une marque spécifique exige une expérience locale, un jugement stratégique et une véritable compréhension du marché.

COLLABORATION LOCALE

À propos de Nanako

Nanako est la collaboratrice locale de LVS2 au Japon et une experte en communication et relations publiques.

Son point de vue apporte à cet article une lecture vécue du marché japonais : la manière dont les petits gestes d’encouragement sont perçus de l’intérieur, la valeur du détail, l’omiyage, l’importance du bon moment et la légitimité culturelle d’une marque.

Chez LVS2, nous complétons cette perspective locale par une analyse stratégique destinée aux entreprises internationales : ce qu’une marque peut apprendre de ce cas, les risques qu’elle devrait éviter et les décisions qu’elle devrait reconsidérer avant de communiquer, de se positionner ou de lancer un produit au Japon.

Cette approche reflète notre manière de concevoir l’internationalisation : associer connaissance locale, interprétation stratégique et vision d’entreprise afin d’aider les marques à prendre de meilleures décisions avant d’entrer sur un nouveau marché.

La conversation continue

Dans International Expert Insights, nous n’analysons pas le Japon comme un marché exotique.

Nous l’analysons comme un marché qui oblige les entreprises à formuler de meilleures questions.

KitKat nous rappelle qu’une marque ne se développe pas toujours en imposant sa propre signification. Elle se développe parfois lorsqu’elle comprend le sens que le marché est disposé à lui donner.

Pour toute entreprise qui souhaite entrer au Japon — ou dans n’importe quel pays qu’elle ne connaît pas encore —, la question ne consiste pas uniquement à déterminer quel produit elle veut vendre.

Il s’agit de savoir quel geste, quel moment ou quel message elle pourrait parvenir à représenter.

Votre marque est-elle prête à entrer sur un marché ou uniquement à s’y présenter ?

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